D’un printemps, l’autre !

ParPr. Mathieu TOUZEIL-DIVINA

D’un printemps, l’autre !

D’un printemps, l’autre.
Présentation(s) de la Revue Méditerranéenne de Droit Public,
de son Numéro V
& du Laboratoire Méditerranéen de Droit Public

par Mathieu Touzeil-Divina
Professeur des Universités, Faculté de Droit de l’Université Toulouse 1 Capitole,
Président du Collectif L’Unité du Droit,
Directeur & fondateur du Laboratoire Méditerranéen de Droit Public

« Je quitterai
le blanc sommet enneigé
qui réchauffait d’un sourire nu
mon infini isolement ».
Yannis Ritsos, Symphonie du printemps (I)[1]

 

Tel le printemps célébré par le poète grec Yannis Ritsos et fil conducteur de la présente introduction, le Laboratoire Méditerranéen de Droit Public (Lm-Dp) a eu la chance de connaître déjà plusieurs beaux printemps successifs, fructueux et prometteurs.

I. Un printemps des origines

Sous l’égide d’une association française, le Collectif L’Unite du Droit (unitedudroit.org), dont il fut un atelier indépendant, il a été proposé, à l’initiative du professeur Mathieu Touzeil-Divina (alors titulaire à l’Université du Maine), de constituer un observatoire ou laboratoire de droit public et ce, autour du bassin méditerranéen : le Laboratoire Mediterraneen de Droit Public (Lm-Dp).

Le Lm-Dp a été conçu à partir d’une proposition, faite en 2011, par le Pr. Touzeil-Divina. L’ont rapidement rejoint (et ce, avec enthousiasme) le Pr. Guglielmi et Mme Tamzini. Par suite, une dizaine de collègues en France (les Prs. Cossalter, Bonnet et Mmes GatE, Nicolas & Espagno) et à l’étranger (les Prs. Bendourou, Ben Letaief, Casini, El Mossadeq, Franch Saguer & Mecherfi) se sont agrégés au projet. En outre, un soutien scientifique s’est rapidement matérialisé par l’appui au projet de personnalités de dimension internationale à l’instar des Pr. Sabino Cassese et Pierre Delvolve ainsi que de M. le conseiller Benabdallah.

En février 2012, des premiers contacts ont été réalisés avec quelques membres de la Faculté de Droit de l’Université Mohammed V – Souissi de Rabat. D’autres rencontres et constitutions d’équipes nationales ont ensuite été organisées. Le laboratoire Lm-Dp ne bénéficiait originellement pas de la personnalité morale mais il a rapidement été acté qu’une première réunion de constitution d’un réseau informel serait organisée, autour de la célébration du printemps, le 19 mars 2012 à Paris ; cette date étant à plusieurs titres un symbole méditerranéen (19 mars 1962 en Algérie ; 19 mars 2011 en Egypte notamment). Pour formaliser cette naissance il a également été proposé de profiter de cette rencontre pour organiser une conférence inaugurale sur la thématique : « Constitution(s) & Printemps arabe(s) » avec le prestigieux soutien de l’Institut de France (Académie des Sciences morales & politiques ; pr. François Terre et Pierre Delvolve). De nombreux envois ont ensuite été effectués par voies électronique et postale entre décembre 2011 et février 2012 pour informer de la création du Lm-Dp les communautés universitaires et quelques institutions des pays a priori concernés.

Le 29 juin 2012, à l’Université du Maine, à l’initiative de Mme Juliette GatE, a eu lieu le premier colloque coorganisé avec le soutien du Lm-Dp : « Droits des femmes & révolutions arabes ». Il a fait l’objet d’une publication retenue dans le deuxième numéro de la présente Revue Méditerranéenne de Droit Public. Y ont participé de nombreux membres du Lm-Dp. Le 19 octobre 2012, a eu lieu, à Toulouse, la deuxième réunion de notre Directoire. Ce dernier a notamment décidé de l’adoption d’un logotype définitif, d’acter certaines considérations méthodologiques et mis en place deux éléments scientifiques cardinaux : la fondation d’un média propre au Lm-Dp (la présente Revue Méditerranéenne de Droit PublicRmDp) ainsi qu’un appel à contributions relatif au premier colloque international, objet du présent numéro : « Existe-t-il un droit public méditerranéen ? ». Ce colloque a eu lieu en octobre 2015 au cœur du royaume Chérifien et ses actes font donc l’objet du cinquième numéro de la RmDp (automne 2016).

Plusieurs ouvrages ont ainsi déjà façonné les recherches du jeune Laboratoire Méditerranéen de Droit Public. Sa Revue Méditerranéenne de Droit Public (RmDp) est diffusée en France – et autour de la Méditerranée – par les Editions Lextenso et répond à l’indice Dewey 342.182 2 (22e éd.) (Droit constitutionnel et administratif – Méditerranée (région)). Elle est en outre référencée sous l’Issn 2268-9893 et est en cours d’indexation internationale. Après un premier numéro (RmDp I) consacré à des premiers « Eléments bibliographiques de droit public méditerranéen » et un deuxième numéro (RmDp II), fruit des actes du colloque « Droits des femmes et révolutions arabes » (dir. Juliette Gate) ; après avoir également consacré un numéro (RmDp III) aux « influences & confluences constitutionnelles en Méditerranée », un quatrième volume (RmDp IV), issu de deux conférences tenues au Mans aux printemps 2014 et 2015, a été placé sous le patronyme du publiciste Louis Rolland (1877-1956) né en Sarthe non loin du Mans et dont la carrière et la doctrine l’ont conduit à divers endroits des rives de la Méditerranée d’où le titre choisi de « Louis Rolland, le Méditerranéen ».

« Le carillon de la lumière
nous accueille
sur le blond bord de mer ».
Yannis Ritsos, Symphonie du printemps (V)

II. Un printemps associatif

Après une première période du printemps 2012 au printemps 2016, le Directoire du réseau Laboratoire Méditerranéen de Droit Public a décidé de quitter le giron associatif du Collectif L’Unité du Droit pour former une association à part entière. En mars 2012, effectivement, nous étions plusieurs à fonder ensemble, le Lm-Dp qui avait été imaginé plus tôt et à propos duquel plusieurs juristes des différentes rives de la Méditerranée s’étaient joints. A cet égard, comme fondateur, l’auteur de la présente contribution remercie très sincèrement tous ceux qui ont permis la constitution de ce réseau et particulièrement (et par ordre chronologique) ceux qui en ont animé les premiers travaux :

  • au Maroc (avec les Prs. Amine Benabdallah, Omar Bendourou, Rkia El Mossadeq & Amal Mecherfi),
  • en Tunisie (avec les Pr. Mustapha Ben Letaief & Neila Chaabane),
  • en Italie (avec les Prs. Lorenzo Casini, Carlo Iannello, Bernardo Giorgio Mattarella & (entre Sarre & France) Philippe Cossalter) et le soutien précieux du Pr. Sabino Cassese,
  • en Espagne (avec les Prs. Marta Franch Saguer & Josep Ramon Fuentesi Gasó) et le soutien regretté du Pr. Luis Ortega Alvarez) ;
  • en Grèce (avec le Président Nikolaos Sakellariou, le Pr. Spyridon Flogaitis, l’ambassadeur Sotiris Varouxakis, Mme la professeure, maître des requêtes Stavroula Ktistaki & Mme Theodora Papadimitriou) ;
  • au Liban (avec les Prs. Antoine Messarra & Lara Karam Boustany),
  • en Algérie (avec les Prs. Bachir Yelles Chaouche & Walid Laggoune),
  • & en Turquie (avec le Pr. Ibrahim Kaboglu(ainsi qu’en France le Pr. Baptiste Bonnet)).

En France aussi – évidemment – plusieurs noms méritent d’être cités pour leur investissement et leur soutien à cette belle aventure. Que soient ainsi très sincèrement remerciés :

  • le Pr. Gilles J. Guglielmi(qui avait accueilli par le biais du Cersa (Université Paris II)) la première réunion du Directoire pour sa fondation ;
  • les Prs. émérites Pierre Delvolve et François Terre(qui avaient accueilli la conférence inaugurale du Lm-Dp à l’Institut de France) ;
  • Morgan Sweeney, Vice-Président du Collectif L’Unité du Droit(qui avait accepté que le Lm-Dp devienne l’un des ateliers permanents de cette association) ;
  • Mme Wafa Tamzini(qui a assisté et accompagné – au Mans – la matérialisation de l’idée même de création d’un Lm-Dp) ;
  • & Mmes Delphine Espagno, Juliette Gate, Valérie Nicolas, Mélina Elshoud & plus récemment Julia Schmitz, pour leurs forces de propositions et d’actions ;
  • Un grand merci également à l’un des hommes de l’ombre qui accompagne le Lm-Dp et notamment sa Revue : Maxime Meyer, secrétaire général du Laboratoire.

Il est en outre rapidement apparu que le Lm-Dp n’était pas qu’une belle aventure scientifique. Il s’agit aussi d’une exceptionnelle histoire humaine faite d’amitié(s) méditerranéenne(s).

Ainsi, après quatre premières années d’existence, nos premiers résultats et nos premiers travaux se sont montrés non seulement prometteurs mais encore – déjà – très riches et fructueux. Personne – je crois – n’imaginait un tel succès et chacun(e) s’en réjouira. Il convient sûrement cependant désormais, ainsi que le dernier Directoire de Rabat (octobre 2015) l’avait appelé de ses vœux à l’instar des comités scientifique et d’organisation du colloque d’Athènes 2017, de perfectionner sinon d’affiner notre organisation et sa gouvernance. Déjà, en effet le Lm-Dp peut se réjouir du chemin parcouru en seulement quatre années :

  • la formation de dix équipes (fixes ou en constitution) dans le bassin méditerranéen (en Algérie, en Espagne, en France, en Grèce, en Italie, en Espagne, au Liban, au Maroc, en Tunisie & en Turquie) soit près de la moitié des Etats concernés ;
  • l’existence de contacts pour permettre a priori l’organisation de quatre nouvelles ou futures équipes : en Croatie ; en Egypte ; en Israël & en Slovénie ;
  • l’existence d’un site Internet (http://www.lm-dp.org) efficace, à jour et aux milliers de clics de visiteurs de toutes les rives de la Méditerranée ;
  • l’existence d’une revue propre (la Revue Méditerranéenne de Droit Public(la RmDp) qui a déjà produit – avec celui-ci – cinq numéros et en prépare déjà au moins trois autres) ;
  • l’organisation de plusieurs conférences, séminaires & colloques (près d’une dizaine en tout et sur plusieurs rives de la Méditerranée) ;
  • l’invitation de plusieurs professeurs (notamment du Maroc et d’Italie vers la France) à venir enseigner et partager grâce au soutien d’Universités partenaires ;
  • des rapprochements institutionnels avec des Universités, des Ecoles mais aussi des Juridictions des pays méditerranéens ;
  • ainsi – bien entendu – que la constitution d’un important réseau de près de 200 juristes méditerranéens (essentiellement publicistes mais aussi privatistes, historiens, etc.).

Cette pratique pluriannuelle nous a cependant permis de pointer du doigt des éléments non de dysfonctionnements mais qui pourraient être encore plus efficaces et / ou performants au service de l’idéal qui nous réunit. Voilà pourquoi il a été décidé – symboliquement lors de la sortie du présent numéro publié un an après le colloque de Rabat (octobre 2015) – de former une nouvelle association.

Cette dernière permettra en particulier de pallier les absences de personnalité morale et de budget propres que nous avions déplorées précédemment. Sans pour autant couper les ponts définitivement avec le Collectif L’Unité du Droit, association qui a d’abord hébergé en son sein le Laboratoire Méditerranéen de Droit Public et sans laquelle le Lm-Dp n’aurait pu ni exister ni survivre, la proposition de nouvelle association « Lm-Dp » est donc d’extraire l’atelier permanent du Collectif L’Unité du Droit pour en faire une personnalité juridique propre néanmoins liée (comme un enfant à ses parents) à cette association qui pourrait ainsi continuer non seulement à aider financièrement le Lm-Dp mais aussi profiter de ses Editions (l’Epitoge) qui abrite comme rappelé précédemment notre Revue Méditerranéenne de Droit Public. Par ailleurs, plusieurs d’entre nous ont même proposé (ce qui sera encouragé) de créer une association (ou autre forme de personnalité similaire) pour chacune des équipes du réseau Lm-Dp. La nouvelle association « Lm-Dp » de surcroît va se doter d’une nouvelle gouvernance qui devrait faciliter les échanges et les prises de décision(s) alors que son Directoire devenait de plus en plus pléthorique. Il était néanmoins important que l’association nouvelle du Lm-Dp, bien que déclarée en France, continue scientifiquement d’incarner toutes les rives méditerranéennes. En ce sens, l’article 04, § 02 de nos statuts prévoie-t-il : « Le Bureau exécutif comprend : sept membres actifs issus du Directoire aux fonctions suivantes :

  • Trois juristes dits « administrateurs» et membres des comités scientifiques constitués pour les colloques du Lm-Dp (en cours ou à venir) avec, si possible, en son sein une représentation de trois rives différentes du bassin méditerranéen et d’au moins deux branches disciplinaires du droit public. Ces trois administrateurs ne pourront appartenir à l’équipe française du Lm-Dp. Parmi eux, sera élu un des deux directeur(rice) adjoint(e) de l’association.
  • Un(e) trésorier(e) ;
  • Un(e) ou deux secrétaire(s) général(e)(x) ;
  • Un(e) directeur(rice) adjoint(e) (en plus de celui ou de celle élu(e) parmi les « administrateurs ») et membre de l’équipe française du Lm-Dp;
  • Un(e) directeur(rice) qui, aux côtés de ses deux directeurs adjoints, forme le collège des trois directeurs.

En l’état, et à la suite de l’acceptation par l’ancien Directoire du Lm-Dp, de la liste conduite par le pr. Touzeil-Divina, le Bureau du Laboratoire Méditerranéen de Droit Public au 21 octobre 2016 est constitué comme suit :

  • Trois juristes dits « administrateurs» : Pr. Rkia El Mossadeq (Maroc ; Université Mohammed V), co-organisatrice du colloque de Rabat (2015) ; & Maître des requêtes, Stavroula Ktistaki (Grèce ; Conseil d’Etat), co-organisatrice du colloque d’Athènes (2017) ; Pr. Carlo Iannello (Italie ; Seconda Università degli Studi di Napoli), co-organisateur du colloque d’Athènes (2017) et de celui de (2020), Directeur adjoint du Lm-Dp.
  • Une trésorière : Mme Delphine Espagno(Maître de conférences, Iep de Toulouse).
  • Un secrétaire général : M. Maxime Meyer(Université Toulouse 1 Capitole, doctorant contractuel de l’Assemblée Nationale).
  • Une directrice adjointe : Mme Julia Schmitz(Maître de conférences, Université Toulouse I Capitole).
  • Un directeur : Pr. Mathieu Touzeil-Divina(Université Toulouse I Capitole, fondateur).

« Les clapotis dans le soir
et les miroitements des jasmins
attendent devant notre seuil
une réponse ».
Yannis Rítsos, Symphonie du printemps (IX)

III. Un printemps des objectifs

Partant, réseau informel ou association à la personnalité morale juridique, le Laboratoire Méditerranéen de Droit Public n’a pas modifié ses objectifs originels. Au cœur du (des) pluralisme(s) juridique(s), le Lm-Dp poursuit en effet les buts suivants : « comparer les comparaisons » et proposer, à terme, le premier Traité méditerranéen de droit public. Les porteurs du projet sont à cet égard conscients du contexte de mondialisation / globalisation du Droit. Quelle en est la matérialisation autour de la Méditerranée ? L’Etat y est-il « mort » ? Où en sont les droits publics nationaux ? Les agences ou autorités indépendantes y sont-elles reines ? Les droits fondamentaux s’y imposent-ils ou est-ce un droit désormais économique ? En outre, nous sommes plusieurs à regretter que le droit comparé, de plus en plus, semble se réduire méthodologiquement non à une véritable confrontation scientifique, mais à une juxtaposition de monographies. Or, comparer n’est pas seulement décrire, c’est aussi analyser, critiquer, proposer, etc.

Une redynamisation de la méthode nous semble s’imposer et nous proposons pour ce faire un autre modus operandi : il ne s’agirait plus qu’une équipe – seule – propose une monographie sur son propre pays ni même qu’une équipe effectue un travail comparatiste, mais que plusieurs équipes parallèlement effectuent ce même travail. Cela fait, un autre groupe opérera la comparaison des comparaisons mettant alors en lumière(s) non seulement les points communs et différences des études, mais également leurs a priori et préjugés idéologiques éventuels, les différences potentielles de systèmes juridiques et de formations, etc. (ce qui ancre méthodologiquement le Lm-Dp dans le courant Law as Culture en refusant la décontextualisation que les études privatistes de droit comparé entraînent trop souvent). De surcroît, chaque équipe ne travaillant pas avec les mêmes personnes et avec des sources intégralement identiques (du fait notamment de la langue employée et de l’accessibilité non dématérialisée (sinon confidentielle) de certaines d’entre elles), des différences pourront s’avérer essentielles et refuser d’en tenir compte est préjudiciable. Partant, l’objectif final sera de constituer un Traité proposant une œuvre nouvelle, théorique et systémique. Toutefois, le Lm-Dp ne prône pas et ne cherche pas à démontrer les bienfaits d’un prétendu droit universel public ainsi qu’il a pu être espéré ou rêvé autrefois (notamment sous les périodes de colonisation et dès la « romanisation » idéalisée d’un jus commune). Il cherche à comprendre et à analyser une éventuelle harmonisation des droits et non à démontrer un universalisme hypothétique.

Qui comparer ?

Le Lm-Dp, a nécessairement pour premier objectif un désir de connaissances et de transmissions de celles-ci. Il cherche d’abord à dresser un état des lieux (actuellement inexistant) quant à l’existence – précisément – de droits publics autour de la Méditerranée et ce, plus particulièrement, dans le bassin occidental où, pour des raisons historiques et géographiques, les cinq pays d’un « noyau » ont été conduits à s’influencer (France, Espagne, Italie, Maroc, Tunisie). Le bassin méditerranéen (23 pays en 2016 en comptant la Palestine) est alors un ensemble pertinent d’un point de vue géographique, politique, géopolitique et historique. Le Lm-Dp a donc d’abord prioritairement porté son attention sur ces cinq pays historiquement et géographiquement liés, mais également tous engagés dans un processus constitutionnel de régionalisation et réfléchissant à leur modèle de gouvernance comme de garantie des droits. Cependant, à terme, tous les pays du bassin sont invités à rejoindre le Lm-Dp par la mise en place de correspondants et, si possible, par la constitution d’autres équipes intégrant le « noyau » originel des pays fondateurs. Déjà, en 2016, on peut relever l’intégration au « noyau originel » de trois autres pays : la Grèce (agglomérée au noyau en 2014) ainsi que le Liban (2015) et l’Algérie (2016). S’y agrègent d’autres nouvelles équipes en cours de constitution.

Que comparer ?

Il est et sera impossible (même en vingt ans) de comparer l’ensemble du droit public de deux à vingt-trois pays. Il faut nécessairement limiter l’étude à quelques pans ou secteurs emblématiques du droit public. Certains semblent s’imposer et d’autres manifestent une volonté de la part des fondateurs de promouvoir certains aspects d’étude. Seront ainsi étudiés les seize thèmes suivants :

Histoire du droit public (1) ; Sources du Droit & production normative (2) ; Pouvoir(s) et gouvernance(s) de l’Etat (droit constitutionnel) (3) ; Répartition territoriale du pouvoir (dont régionalisation) (4) ; Environnement institutionnel (institutions administratives) (5) ; Droit parlementaire (6) ; Démocratie & systèmes électoraux (7) ; Garantie & protection des droits fondamentaux (8) ; Environnement / Aménagement des territoires / Propriétés (9) ; Finances publiques & droits fiscaux (10) ; Justice constitutionnelle (11) ; Justice administrative (12) ; Fonctions & Emploi publics (13) ; Services publics (14) ; Contrats publics (15) ; Droit des Ntic (16).

Le Lm-Dp naissant est peut-être aussi et avant tout une très belle aventure humaine. Fruit de belles rencontres et d’ambitieux projets méditerranéens, il s’est très vite trouvé une vitesse de croisière et est résolument tourné vers l’avenir et la fraternité.

Longue vie au Lm-Dp ainsi qu’à sa revue : la RmDp dont voici le cinquième numéro.

« Tu ne vois pas ?
Dès lors que s’éloigne le printemps
derrière-lui arrive notre nouveau printemps ».
Yannis Rítsos, Symphonie du printemps (XXVII)

IV. Après le(s) printemps arabe(s), un printemps méditerranéen ?

Un droit public méditerranéen !

Il était important que le Laboratoire Méditerranéen de Droit Public qui a été fondé officiellement en mars 2012 mais qui a, dans les faits comme dans son essence, fleuri au moment des « printemps arabes » se saisisse « juridiquement » et depuis différentes rives de la Méditerranée de cette question même et si porteuse d’espoir(s) des « Printemps arabe(s) ». Plusieurs études de la Revue Méditerranéenne de Droit Public (et même un deuxième numéro complet) s’en sont ainsi préoccupés. Notre intuition (sinon notre certitude) est que l’avenir en sera méditerranéen. Se dessine conséquemment un futur « Printemps » des Méditerranéennes et des Méditerranéens, unis et réunis. Nécessairement, cela dit, se pose et se posera avec acuité la question d’un ou de plusieurs droit(s) public(s) méditerranéen(s) et tel fut précisément l’objet du présent numéro V de la RmDp :

« Existe-t-il un droit public
mediterraneen ? »

Le présent ouvrage reprend effectivement les actes du colloque de Rabat, tenu à l’Université Mohammed V (Souissi) les 28 & 29 octobre 2015 et ce, sous la direction des professeurs Rkia El Mossadeq, Amal Mecherfi & Mathieu Touzeil-Divina. L’opus ne reprend pas la totalité des contributions et des échanges oraux (à la demande même des contributeurs) mais en reprend la quasi intégralité. Il est construit au moyen des quatre parties suivantes :

Première Partie :
Apprehender le(s) droit(s) public(s) mediterraneen(s)

Ce premier axe permet notamment d’interroger la ou plutôt les méthodologie(s) d’un ou de plusieurs droit(s) public(s) méditerranéen(s). Très rapidement, les échanges de Rabat ont alors convergé vers l’existence de la reconnaissance de plusieurs droits publics méditerranéens pouvant cependant converger – sur certains points – vers un matriciel et cohérent droit public méditerranéen au singulier. La question des méthodologies de ce droit (comparé ou non) en Méditerranée devait par suite être débattue.

Deuxième Partie :
quel(s) droit(s) public(s) mediterraneen(s) ?

Par suite, il nous a semblé cohérent – au sein du ou des droit(s) public(s) méditerranéen(s) ainsi défini(s) – de discuter de trois des aspects fondamentaux de cette branche publiciste : la place des Constitutions, celle des religions puis les différentes appréhensions d’un ou de plusieurs droit(s) administratif(s) en Méditerranée.

Troisième Partie :
des juges du droit public en Méditerranée

Cela dit, il importait de réserver au(x) juge(s) du droit public en Méditerranée une place importante (qu’il occupe dans les faits). Qui est ou qui sont ce(s) juge(s) de / du droit public en Méditerranée ? Plus particulièrement en Grèce, au Liban, au Maghreb, comment procèdent les juges du droit public et quels systèmes ou principes se dessinent-ils ?

Quatrième Partie :
d’hier à demain : le droit public méditerranéen

Enfin, bercé par l’européanisation, l’internationalisation et la globalisation du / des droit(s), le Laboratoire Méditerranéen de Droit Public a voulu replacer ses débats en se tournant vers l’avenir ; un avenir nécessairement nourri d’histoire(s) commune(s) et méditerranéenne(s).

 

Il ne vous reste, selon la formule désormais consacrer de cette Revue, qu’à embarquer sur nos rives méditerranéennes et juridiques aux côtés des capitaines et moussaillons de ce beau numéro V en gardant toujours à l’esprit que le Laboratoire Mediterraneen de Droit Public, porteur de ce projet, n’appartient à aucun pays et n’a embrassé aucun dogme.

Il entend voguer où le vent le conduira et avec les voyageurs et les capitaines qui voudront bien s’y consacrer. Avant de lever l’ancre, toutefois, le pr. Touzeil-Divina aimerait spécialement remercier celles sans qui l’édition de cet ouvrage n’aurait pas pu se réaliser aussi vite et aussi bien : mesdames Delphine Espagno & Julia Schmitz. Qu’elles trouvent, toutes deux ici, l’expression de sa sincère et tendre reconnaissance.

Et puisque ce nouveau numéro est parti de Rabat, voici quelques lignes du poète marocain Abdellatif Laabi[2] à propos d’un arbre, comme l’olivier, symbole de notre association. Le Poète nous avait d’ailleurs fait l’honneur, en mars 2012, d’être présent lors de la constitution du Laboratoire Méditerranéen de Droit Public :

 

J’attends mon arbre
Il y a bien là devant moi
ce palmier démuni
et ce caoutchouc sans grâce
J’attends mon arbre
J’ai bien vu un fantôme de jardinier
planter là devant moi
une jeune pousse
dont je ne saurais nommer l’essence
J’attends mon arbre
(…)
J’attends mon arbre
Et quand il sera là
le seul, l’unique
surgi d’un coup de foudre
je pourrai enfin
me mettre à écrire pour de bon.

 

[1] L’édition originale est celle parue en 1986 (Editions Kedros) à Athènes. Celle tenue ici pour référente est celle publiée en 2012 en langues grecque et française (Editions Bruno Doucey).

[2] Laabi Abdellatif, Œuvre poétique II ; Paris, La Différence ; 2010 ; p. 169 ; in « Le spleen de Casablanca ».

À propos de l’auteur

Pr. Mathieu TOUZEIL-DIVINA administrator

Mathieu TOUZEIL-DIVINA est professeur de droit public à l'Université Toulouse 1 Capitole. Il est le fondateur du Laboratoire Méditerranéen de Droit Public qu'il a créé en 2012 et dont il est l'actuel Directeur depuis la transformation du réseau informel en association. Publiciste généraliste, il promeut l'Unité du Droit (d'où la création par ses soins en 2004 du Collectif l'Unité du Droit (www.unitedudroit.org)) et s'essaie tant en droit administratif qu'en droit constitutionnel français et ... méditerranéen. Parmi ses écrits on citera : la doctrine publiciste (1800-1880) (2009 / La Mémoire du Droit) ainsi qu'un Dictionnaire de Droit public interne (2017 / LexisNexis). Son dernier ouvrage est une présentation - selon le doyen Foucart (1799-1860) des branches du contentieux administratif (2017 / Dalloz).

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